Quand on démarre en CNV et même après, il est souvent difficile de s’exprimer sans risquer de retomber dans un des pièges de la communication traditionnelle.

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C’est notamment délicat quand on est pris dans des émotions très fortes et qu’on n’arrive pas à bien les gérer. Je vous reparlerai de l’auto empathie par exemple qui est un grand outil pour aider à gérer son émotionnel, notamment quand ça déborde.
Quand l’émotionnel est fort, une des astuces que je vous propose, c’est de vous accrocher à OSBD. Qu’est ce que c’est OSBD ? Ce sont les 4 étapes de la CNV : Observation, Sentiment, Besoin, Demande. J’y reviendrai largement dans d’autres podcasts, je ne vais pas me lancer dans un résumé ici, ça serait contre productif.

Exemple d’application

Je voudrai déjà vous partager un exemple, qui illustre l’intérêt de s’accrocher à OSBD.
Il y a 1 mois environ, après avoir baladé ma chienne près de chez moi, je rentre en voiture et je tombe sur un âne et une mule attachés à des piquets dans un petit champ. En tant que militante de la protection animale, je suis choquée et même très énervée. D’autant plus que j’ai eu moi même 2 chevaux et je sais quelle souffrance c’est pour eux d’être empêchés de bouger, et j’en connais les conséquences physiques et morales.

Du coup, je me gare, je demande qui sont les propriétaires des 2 équidés et on m’indique une maison au bout de la rue. Pendant le court trajet, je me demande comment aborder la question. J’ai conscience que je suis en colère et inquiète et j’ai bien sûr pleins de jugements. Je me dis : “Ils sont inconscients ! C’est de la maltraitance ! Encore un qui ne devrait pas avoir d’animaux !” Etc… Je lâche volontairement mes jugements (en moi même, c’est à dire en auto empathie), car ça me permet de vider mon sac émotionnel et de me connecter à mon besoin. Pendant les 2 minutes que durent le trajet, je n’ai pas le temps d’identifier clairement mon besoin. Alors, j’élabore dans ma tête 1 ou 2 phrases en m’accrochant à OSBD, ou plus exactement à OS, Observation et Sentiment, les 2 premières étapes de la CNV.

J’arrive devant le portail, une dame plutôt âgée, fait son jardin à quelques dizaines de mètres. Je l’interpelle. Elle mettra quelques minutes à monter la grande côte qui sépare son jardin du portail. Une fois arrivée, je lui dis “Bonjour madame, j’ai vu vos ânes le long de la route pas loin, attachés à des piquets. J’étais inquiète, du coup, je suis venue voir avec vous.” Voilà ce que j’ai dit.


Si on décortique mes paroles…

D’abord, je dis ce que j’ai vu sans jugement ni interprétation. J’aurai pu dire : “Ils ne vont pas bien là”, “C’est pas bon pour eux d’être attachés”. Je m’en suis tenu aux faits : “j’ai vu vos ânes le long de la route pas loin, attachés à des piquets”. Ensuite, je parle de ce que ça me fait, de mon émotion. Et là encore sans lui lâcher ce qui me trotte dans la tête du genre “Vous êtes cinglés de les attacher!”. Je nomme juste mon émotion : ” J’étais inquiète”. Après, j’aurai pu être plus précise, nommer mon besoin et faire une demande précise comme “je voulais venir discuter avec vous pour comprendre pourquoi ils sont attachés à des piquets” par exemple. Mais j’ai pas pu dire autre chose.


Et là, la magie opère !

J’aurai pu revenir plus tard après avoir fait un peu plus d’auto empathie pour être en meilleure capacité d’accueillir la propriétaire de ces animaux. Mais, selon moi, il y avait urgence, car je ne savais pas si ils seraient déplacés loin des regards. Du coup, j’y suis allée en m’accrochant à OSBD, même si mon intention n’était pas très claire pour moi. Et ça a quand même permis que la dame ne se sente pas jugée ou critiquée, ou en tout cas qu’elle se sente assez à l’aise pour partager spontanément et simplement à une étrangère les difficultés qui l’ont amené à ce choix.

Et donc elle m’a expliqué que la mule avait des gros problèmes de santé, avec pour conséquences des douleurs aux pieds qui l’obligeait à rester allongée de nombreuses heures. J’ai compris qu’il s’agissait de fourbure, ce qu’elle a confirmé. Et effectivement, la fourbure est une maladie physiologique très dangereuse pour les équidés, et les conséquences sur les pieds sont dramatiques, et extrêmement douloureuses. Je connais le sujet. Je connais certaines solutions mais je sais qu’il n’existe aucune solution idéale et que c’est une vraie galère à gérer. Du coup, je reste ouverte à ce qu’elle me dit. Elle poursuit en précisant qu’elle et son fils doivent les mettre au piquet la journée pour qu’ils évitent de trop manger, mais que vers 16h, ils sont amenés dans un grand champ où il y a du foin. Du coup, je comprends ce qu’elle veut : son intention est de prendre soin de ses animaux en les attachant au piquet. Je n’aurai pas du tout imaginé ça en les découvrant attachés ! Mais elle agit suite à son expérience : s’ils mangent trop, ils tombent malades et souffrent.

J’aurai pu lui expliquer que d’autres solutions existent mais aucune n’étant idéale et cela nécessiterait tellement de remises en question que je fais l’interprétation qu’elle n’est pas prête à entendre ça, où qu’en tout cas, ça n’est pas le moment ni le lieu pour partir dans un long débat. Je m’assure tout de même qu’ils ont assez de place pour se dépenser librement dans le champ dans lequel ils sont placés à 16h, elle me répond que c’est très grand et qu’ils ont la place de galoper s’ils en ont l’envie.

Objectif atteint : Je suis rassurée.

Les animaux ne sont en fait pas maltraités mais au contraire suivis et leurs propriétaires en prennent soin, comme ils peuvent, avec toutes les contraintes liés à la prise en charge complexe de la santé d’animaux.
M’être accroché à OSBD a sans doute grandement facilité cet échange avec cette dame. J’ai pu discuter dans le calme avec la dame, et elle a pu, ne se sentant pas jugée, partager les difficultés qu’elle avait, ce qui m’a rassuré.

S’accrocher à OSBD pour rester ouvert

Voilà le résultat d’un échange dans un contexte émotionnel tendu (en tout cas pour moi) avec cette astuce : s’accrocher à OSBD ! Même si tout n’est pas clair en nous, même si les émotions débordent, en s’accrochant à OSBD, on a plus de chance de vivre une discussion apaisée et de constater que la situation n’est peut être pas celle qu’on avait imaginée !

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