La place des blessures d enfance dans le couple
Les traumatismes d’enfance expliquent beaucoup de conflits récurrents et d’incompréhensions dans le couple. Et souvent, dès que j’explique ces liens en séance, ça vient alléger les tensions.
Des blessures banales
Quand on parle de blessures d’enfance, ça n’est pas forcément des gros traumas, ça peut tout aussi bien être quelque chose d’anodin comme un retard à l’école, ou bien des fonctionnements de famille dont on peut penser qu’ils ne nous ont pas impactés.
Je vais vous prendre 3 exemples :
Une jeune femme qui ne supporte pas les retards de son mari. Elle est pétrie d’angoisses même si il a seulement 5 min de retard.
Ce comportement trouve son origine dans une blessure d’enfance. Elle se souvient qu’un jour quand elle avait 7 ans, elle se dispute fort avec sa meilleure amie, elle a donc un grand besoin de sécurité affective. Manque de chance, sa mère est en retard ce soir là pour venir la chercher à l ’école à cause de bouchons sur la route. Le cerveau immature de cette petite fille a enregistré que retard = manque de sécurité affective. Une fois adulte, son cerveau a gardé cette empreinte, d’où ses angoisses pour les retards.
Un homme d’une quarantaine d’année est très silencieux voir taiseux et cela devient insupportable pour sa compagne. En creusant son enfance, on se rend compte qu’il se souvient de son père comme quelqu’un d’autoritaire qui n’accordait pas de valeur à la parole des enfants. Les enfants devaient se taire quand ils étaient à table et quand il avait le malheur de répondre non à une demande de son père, il recevait une grosse engueulade et une punition. Son cerveau s’est construit donc avec cette idée que s’exprimer, donner son point de vue et dire non = rupture du lien avec les personnes qui sont censées le plus l’aimer. Une fois adulte, il en est toujours persuadé et n’ose pas exprimer son avis et ses besoins ou dire non, de peur que sa compagne ne respecte pas sa parole et que ça finisse en conflit.
Une autre femme d’une trentaine d’années, est très à cheval sur le sujet du féminisme et son compagnon se plaint des généralisations à son égard. Il en a assez d’entendre sa compagne le comparer aux hommes aux valeurs patriarcales qui sont loin des siennes. En creusant la question, on s’aperçoit que cette femme a été marquée par le sacrifice de sa mère qui a élevée ses 3 enfants en faisant une croix sur sa carrière professionnelle. Sa mère s’est ainsi retrouvé à 45 ans, au départ des enfants du nid familial, avec une carrière qui n’a pas décollé et des entreprises peu intéressées par le profil d’une personne de 45 ans avec si peu d’expérience. Cette jeune femme porte ce sacrifice maternel en elle et ressent de la colère via à vis de son père et des hommes en général qui juge normal que ce soient les femmes qui portent la charge de l’éducation des enfants et qui doivent mettre leur épanouissement personnel et professionnel de côté.
Vous voyez, je ne vous ai pas parlé de gros traumatismes mais plutôt de situations assez banales dans lesquelles on peut être nombreux à se reconnaître.
Quel intérêt de faire ces liens avec nos blessures d’enfance ?
Alors ça apporte quoi de comprendre les liens entre les difficultés qu’on vit dans son couple et nos blessures d’enfance.
Déjà, ça apporte de la compréhension à celle ou celui qui est concerné. Il ou elle comprend enfin pourquoi ce sujet est autant source de tensions pour il ou elle et son partenaire.
Ça apporte aussi de la compréhension à son partenaire. Il ou elle comprend enfin pourquoi son ou sa conjoint.e est aussi sensible sur ce sujet alors que cela lui semble peu important.
Quand il y a de la compréhension, il y a de l’empathie, de la tolérance et de l’amour.
Ce qui est important dans cette compréhension c’est que ça permet de prendre conscience que l’autre n’est pas responsable de nos réactions issues de nos blessures d’enfance. Et pour le partenaire, ça permet de prendre conscience que l’autre subit des réactions issues de ses blessures d’enfance.
Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire. Je recommande d’une part à chacun.e d’aller visiter ses blessures d’enfance pour identifier les comportements qu’elles génèrent dans notre vie d’adulte. D’autre part, on peut aussi s’aider mutuellement à cicatriser nos blessures d’enfance. C’est ce qui est beau dans le couple, on peut se soutenir dans nos vulnérabilités.
Comment se soutenir dans le couple ?
En imaginant ensemble comment prendre en compte nos blessures d’enfance dans notre quotidien de couple. D’une part, en évitant de toucher ces zones sensibles chez l’autre, et aussi, en soutenant notre partenaire quand il ou elle est touchée dans ces zones sensibles.
Prenons un exemple simple :
Notre partenaire est très sensible aux portes qui claquent parce que ça fait remonter l’insécurité affective vécue quand ses parents se disputaient. Avant de faire le lien avec cette blessure d’enfance, sa réaction excessive finit par nous énerver et on lui reproche ces exagérations. Quand on comprend l’origine de ce comportement, on peut être compatissant et vouloir éviter à notre partenaire de vivre cette insécurité affective. On peut donc être vigilant à fermer les portes avec douceur. On peut aussi aller faire un câlin réconfortant à notre partenaire quand une porte claque par inadvertance. Ça paraît simple, et ça l’est, mais je peux vous dire que ça évite bien des conflits et des tensions latentes.